Les pantalons, une pantalonnade ?
Romain de Vregille
Illustré par William Lentz & Marguerita d 'Amico
Pour parodier la chanson de Pierre Perret, tout, tout, tout, on vous dira tout sur le futal !

Pour parodier la chanson de Pierre Perret, tout, tout, tout, on vous dira tout sur le futal ! Les grands, les larges, les fins, les collés, les collants, les ouverts, les clochés, les pincés, les non-pincés, les taillés hauts, les taillés bas, les bouffants, les étroits, les ceinturés, les sans-revers, les feu-de-plancher, les cargos, les brettelés, les cassés, les Gurkhas, les bermudas !
Élément essentiel de la silhouette masculine, l’effet visuel du pantalon est trop souvent négligé pour de sombres histoires de mode, qui imposent tantôt que la taille soit basse ou qu’elle soit haute, tantôt que l’ouverture en bas soit ridiculement étroite ou ridiculement large, ou encore que le tombé soit droit ou que le tissu nous colle à la peau (vive l’élasthanne !).
Tout le monde a en tête la silhouette de grand-père de feu le Président Chirac avec son pantalon remontant au milieu du ventre, ou les innombrables plis du bas de pantalon du bien vivant et non moins feu Président François Hollande, faisant ressembler les extrémités de son informe bénard à un sympathique accordéon.
Bref, bien souvent on ne pense plus à comment le falzar doit nous mettre en valeur, nous concentrant généralement sur le haut du corps et son triptyque veste-chemise-cravate (qui doit nous préoccuper aussi bien entendu), et oubliant les conséquences néfastes d’une mauvaise coupe de pantalon.

Élément essentiel de la silhouette masculine, l’effet visuel du pantalon est trop souvent négligé
La question qui arrive donc est la suivante : comment doit-il tomber sur nous ?
La réponse est évidemment complexe, multimodale, multiaxiale et dépendra bien sûr de l’âge du capitaine. Pour esquisser un début de solution, et jeter les bases d’une dialectique pantalonnesque transcendantale, il est possible de s’attarder sur les points suivants :
à titre préliminaire, to gnōthi sauton (comme gravé sur le temple de la Pythie à Delphes, pas du Pitti à Florence), car le prêt-à-porter qui est la principale source d’approvisionnement en pantalons ne correspond pas forcément aux attentes et mesures de chacun, en fonction de sa morphologie propre : jambes musclées (mais où ? cuisses ? mollets ?), cannes fines ? pattes arquées ? genoux cagneux ? entrejambe proéminente ? chevilles enflées ?
à titre liminaire, il est essentiel de replacer chaque pantalon et son tissu dans son contexte particulier, lié à sa destination première. A cet égard, parle-t-on d’un pantalon : de complet ? pour le travail en extérieur ? pour une occasion formelle ? pour le sport ? pour la vie « casualisée » post Grand Relâchement ?
Le chemin menant vers le Graal du pantalon parfait est donc semé de nombreuses embûches qui doivent nous faire progresser et, pour paraphraser Boileau, nous inciter à nous hâter lentement et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettre notre ouvrage.
La clé sera de parvenir à ajuster notre goût à notre silhouette personnelle pour tenter de trouver notre bon équilibre. La mesure, les maisons proposant des coupes variées ou des ajustements basiques (longueur, ourlet) sont souvent des options intéressantes voire nécessaires là où le prêt-à-porter ne donnera pas de bon résultat.

Bien sûr les écueils sont légions, qui d’un bas de pantalon trop étroit qui colle aux chevilles, qui d’un mollet trop serré qui s’électrise statiquement avec vos mi-bas et empêche le pantalon de redescendre lorsque vous vous levez de votre chaise, qui d’une entrejambe un peu rétrécie qui incommode le mouvement ou qui encore d’un pantalon de costume porté feu-de-plancher avec une ouverture de 25 cm, même les pêcheurs bretons ont arrêté…
La facilité serait de se diriger vers des modèles très larges, qui peuvent donner de très jolis résultats pour qui a la personnalité de les assumer en ces temps de skinnies et leggings collants, néanmoins ceux-ci stylisent un peu moins la silhouette il faut bien le reconnaître.
Il est un point qui je pense devrait mettre tout le monde d’accord, c’est que dans le résultat visuel global de notre silhouette, sauf si c’est directement l’effet recherché (que le Seigneur nous en préserve néanmoins), le pantalon doit s’insérer dans la tenue sans créer de cassures qui introduiraient un biais visuel qui attirerait les regards vers un endroit où cela n’aurait pas d’intérêt (par exemple le bas du pantalon, ou la ceinture portée basse ou sous un gilet).

Si vous avez le temps pour flâner sur la grande toile, allez jeter un œil aux photos de Comités exécutifs de toutes les entreprises du CAC 40 et regardez les pantalons de Messieurs les Grands s’il y a encore des clichés où ils apparaissent en pied. Vous comprendrez rapidement le concept de biais visuel susmentionné. Je vous mets au défi de trouver plus de 10 personnes dont le pantalon tombe correctement. En revanche, vous noterez que les (trop peu nombreuses) femmes invitées à la table des chefs ont généralement des pantalons parfaitement coupés lorsqu'elles en portent.
Une solution efficace pour éviter ledit biais est l’usage de la taille haute, i.e. lorsque la ceinture du pantalon se pose au niveau de la taille (et non sur les hanches). On peut se rendre compte de l’harmonie généralement créée avec la veste, et le gilet cas de complet trois pièces, dans ces nombreuses illustrations anciennes de gentlemen portant des pantalons de ce type ou, pour prendre un exemple encore plus frappant, les tenues de David Suchet jouant Hercule Poirot. Une fois la coupe réussie, le pantalon pourra briller par sa matière ou sa couleur.
Le jeu de l’ouverture en bas et de la longueur globale (cassure ou pas) conditionneront également beaucoup de choses dans l’aspect final du pantalon, mais il est essentiel d’éviter les accrocs. Si vous avez des cuisses fortes, vous devrez vous faire une raison et abandonner l’idée de porter d’horribles slims collants. Après tout, vous n’avez pas fait tout ce chemin d’apprentissage pour en arriver là…

Toutes les tenues harmonieuses intègrent nécessairement un pantalon bien coupé
Quant au débat sur l’ourlet, sa longueur et son éventuel impact visuel sur votre taille, je laisse les exégètes se disputer entre eux.
Toutes les tenues harmonieuses intègrent nécessairement un pantalon bien coupé, dura lex sed lex, alors à vous de tester et de trouver celui qui vous va le mieux !
Mistral (@mistraldpec)


