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L’Automne

Florent Peschisolido
il y a 2 heures
6 min de lecture

Florent Peschisolido

Illustré par William Lentz

Ça y est. L'été est presque derrière nous.

Velours côtelé, moleskine, solaro, covert coat, trench et bottines : pour L’Intemporel, Florent Peschisolido passe en revue les opportunités sartoriales de l’automne, des tissus de saison aux accessoires indispensables.

Ça y est. L'été est presque derrière nous. Pour un sartorialiste, ce n'est pas une si mauvaise nouvelle, car la saison qui arrive nous est particulièrement chère. Si vous êtes de bons élèves sartorialistes, vous avez commandé vos pièces pour l'automne à votre tailleur il y a déjà quelques temps. Mais… je sais que nous nous y prenons tous souvent tard, et pour ceux qui achètent du prêt-à-porter, les collections ne sont pas en boutique depuis si longtemps. C'est pourquoi je vous propose aujourd'hui un petit tour des opportunités sartoriales que nous offre l'automne.

Costume trois pièces rayé au Pitti Uomo | L'Intemporel – homme en costume bleu à rayures devant un mur de pierre – Crédit William Lentz

Ah l'automne… Le retour à des températures normales, qui permettent de réintégrer certaines pièces à nos tenues, la pluie, qui revient dans notre quotidien (soyons honnêtes, ça ne nous changera pas beaucoup de cet été). Mais pour moi, l'automne, c'est avant tout synonyme de couleurs et de nature. Ce sont ces teintes jaunes, orangées, voire un peu rougeoyantes, une lumière plus diffuse, moins écrasante, qui va donner à tout notre environnement un côté moins brut. C'est aussi le vert de l'herbe qui fait oublier des sols plus brûlés de l'été. Bref, si mon cerveau associe volontiers les couleurs de l'hiver à la ville, l'automne lui, est plus de la campagne. Rien de mieux pour le vivre qu'une petite escapade en forêt.

Avec l'automne, nous allons aussi pouvoir profiter du retour de certains tissus, tout l’enjeu étant de trouver l’équilibre entre les laines froides et les grosses flanelles. Même si c’est une matière dont je ne suis pas très friand, le coton est le roi de cette saison. Depuis quelques années, on le retrouve sous les projecteurs notamment grâce au retour en force du velours côtelé qui s’est accordé une jolie place dans nos armoires. C’est un tissu clivant, qu’on peut adorer pour de nombreuses raisons (le toucher, la force des couleurs, le confort) et détester pour d’autres (une image très vieillotte, associée souvent à des vieux profs d’histoire… les miens n’en ayant jamais porté, je me sens peu concerné). Une chose est sûre, c’est un must-have du vestiaire en pantalon, et une pièce pleine de personnalité en costume. Le gros avantage de ce tissu étant qu’on peut très facilement le moderniser en sortant de ses bruns habituels tant la palette est large, ou en jouant sur la largeur des côtes, et en utilisant par exemple un velours milleraies. J’ai en tête en écrivant ces mots le souvenir d’un costume en velours milleraies bleu ciel pas trop flashy que portait mon tailleur il y a quelques années au Pitti, une merveille !

Élégance estivale dans les rues du Pitti Uomo | L'Intemporel – groupe en tenues claires et chapeaux de paille dans une rue – Crédit William Lentz

Une chose est sûre, c’est un must-have du vestiaire en pantalon, et une pièce pleine de personnalité en costume.

Mais ce n’est pas tout ! Car le coton se travaille aussi d’une autre façon que j’aime particulièrement, et qui est tout à fait adaptée à ceux qui n’aiment pas l’aspect clivant des côtes. On l’appelle souvent Moleskine en anglais, Fustagno (futaine)ou Pelle di diavolo (peau de diable) en italien, mais peu importe son nom, c’est un très vieux tissu (il existait déjà la dénomination fustaneum en latin), qui nous viendrait d’Italie, produit à Milan dès le XIIIème siècle (dans un mélange lin et coton à l’origine), on le retrouve au XVIème siècle à Gênes, où il est porté par les dockers du port. Il s’exportera à la même période en Europe (et donnera ainsi son nom à un pantalon bien connu aujourd’hui), et sera largement adopté par la société anglaise. C’est un tissu dense, robuste, qui, bien qu’il ait séduit les cours d’Europe a aussi été largement utilisé pour les vêtements de travail. Issu d’un tissage proche du satin (d’où la densité), il a un aspect un peu duveteux, type peau de chamois, ou peau de taupe (soit…. Mole skin, vous suivez ?).

L’automne, comme toutes les autres saisons, ne dédaigne pas pour autant la laine, incontournable 12 mois par an. Ici encore pour les pantalons, avec le cavalry twill, ou le whipcord, et le covert cloth, souvent utilisé pour les manteaux du même nom, mais qui ne leur est pas exclusif. En fonction de l’endroit où vous habitez, vous pourrez vous laisser tenter par des flanelles ou tweeds légers, ou bien, à l’opposé, par des laines froides, cela dépendra du climat. Enfin, un dernier pour la route, c’est pour moi la saison idéale pour porter du solaro, ce fameux tissu à la face intérieure rouge censé réfléchir les rayons du Soleil et donc la chaleur. Ayant toujours été particulièrement sceptique quant à ces fameuses propriétés, et au regard du poids et du tissage de ce tissu, je ne le porterais pas avant septembre. Sa couleur historique beige le rendant parfait pour cette période, où l’on peut encore facilement se permettre d’éviter le bleu marine et le gris anthracite.

Les pièces indispensables pour un automne réussi

Si vous avez lu jusqu’ici, cela ne vous étonnera pas, dans cet imaginaire très Friday wear avant le week-end, dans mon manoir au milieu d’une forêt, l’automne est très dépareillé, donc je vous conseillerai de nombreux pantalons. En velours ou en twill, ce sont des pièces très agréables à porter (largement autant qu’un survêtement et bien plus qu’un denim), c’est le moment de commander des « chinos d’hiver » un peu lourds, qui tombent bien et ne froissent pas.

Costume rayé et pochette au Pitti Uomo | L'Intemporel – homme en costume bleu à rayures en mouvement – Crédit William Lentz

Avec la baisse des températures, il est temps de penser aux pièces d’extérieur. Le choix le plus anglais, c’est bien sûr le covert coat, ce manteau droit qui arrive en général juste au-dessus du genou et arbore souvent un col en velours, so british ! Mais si c’est un peu trop chaud ou habillé pour vous, une autre option indispensable selon moi est le trench coat, ce vêtement d’origine militaire est idéal pour la saison. C’est une pièce que j’apprécie beaucoup pour sa présence, elle en impose, contrairement à son cousin le McIntosh que je trouve un peu insipide et vieillot. Mais si aucune des deux options ne trouve grâce à vos yeux, reste ce que les Italiens appellent spolverino, et que nous traduisons par cache-poussière, un manteau souvent en coton épais, très déstructuré, avec un col qui doit pouvoir se rabattre pour protéger du vent et qui soit assez long pour protéger les jambes du pantalon (on ne l’appelle pas cache poussière pour rien)

Au niveau des souliers, le thème du jour appelle forcément une certaine décontraction. Pour les modèles, c’est assez simple, des derbies, idéalement broguées, ou surtout des bottines, avec un patronage simple, proche du brodequin ou broguées également, ce sont les pièces phare. Ne déconsidérez pas la double boucle par ailleurs, sur une forme un peu ronde c’est un parfait allié de vos tenues. Pour le cuir, si en termes de couleurs toutes les teintes de marron sont des best-sellers, un rouge un peu bordeaux peut-être tout à fait adapté. Enfin, le plus important, privilégier au cuir lisse le cuir grainé, ou le veau-velours, bien plus adapté, et leur associer une semelle en gomme, voir commando.

Chapeaux et lunettes de soleil au Pitti Uomo | L'Intemporel – passants élégants photographiés en plan serré – Crédit William Lentz

Pour finir le tout, les accessoires bien sûr. Il y en a trois qu’il faut penser à bien choisir. L’écharpe tout d’abord, pour se protéger des vents frais du matin. En général je ne ressors pas encore le cachemire, je me contente soit d’écharpes en lin, soit de laine très fine, il faut éviter le rhume, mais sans étouffer de chaud pour autant. Pareillement, c’est la bonne saison pour ressortir les gants. Si une paire en pécari doublée cachemire est un peu too much, c’est la saison idéale pour des gants en agneau plongé non doublé, ou alors une simple doublure en soie pour les plus frileux. Et pour finir, le parapluie bien sûr ! Si j’en ai toujours un petit au fond de mon sac, l’automne c’est l’occasion de ressortir les beaux parapluies longs, qui ont un tout autre charme, et vous offriront une réelle protection en cas de grosse averse.

Veste à carreaux et chapeau au Pitti Uomo | L'Intemporel – hommes en tenues sartoriales marchant dans la rue – Crédit William Lentz

Comme vous pouvez le voir, voilà de bien belles raisons de ne pas trop regretter nos vacances, le bord de mer, et les lunettes de soleil, l’automne est une magnifique occasion de travailler certaines palettes de couleurs, certains tissus, le plus important : osez ! Que ce soit le velours côtelé moutarde ou le solaro, faites-vous plaisir, vos tenues n’en seront que plus réussies !

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