Entretien avec Sanseverino
- Sasha Leboeuf

- il y a 2 jours
- 8 min de lecture
L'Intemporel a donné rendez-vous à Sanseverino. Au Pied de Fouet, 45 rue de Babylone à Paris, nous nous sommes installés entre les verres ballons et les nappes à carreaux. Avec ce musicien passionné, nous avons discuté de style, de ses inspirations et des notions d’intemporalité et d’Art de Vivre…
Photo par Saint-Ambroise au Pied de Fouet à Paris

L'Intemporel
Pour ceux qui ne te connaissent pas, très simplement, qui es-tu ?
Sanseverino
Je me présente plutôt comme un chanteur libre, qui aime 50000 musiques et ne préfère pas avoir d'étiquettes. ( Même si ne pas avoir d'étiquette, c'est en fait déjà en avoir une ! )
L'Intemporel
Le magazine prône un certain « Art de vivre », tu en penses quoi ?
Sanseverino
La notion d’art de vivre pour moi, elle correspond à un choix qu'on peut faire. Il y a un moment où l'art de vivre, quand tu démarres ta carrière et que tu es à peine au SMIC, c’est Emmaüs. (Et je ne parle même pas que de vêtements !)
A partir du moment où tu décides d'avoir un art de vivre, pour moi, c'est que c’est déjà possible. Et moi je n’ai pas eu l'habitude de choisir ce genre de trucs. Par contre c'est venu tout seul : il y a des trucs que je ne fais pas et il y a des trucs que j'aime faire. Je considère que ça, c’est un art de vivre.

L'Intemporel
Donc un style de vie plutôt.
Sanseverino
Ouais exactement, se donner une espèce de conduite générale dans la vie. Par exemple, je ne mets pas des trucs de telle marque ou je ne vais pas dans tel restaurant ou je n'utilise pas ces produits parce qu’ils ne correspondent à rien quoi. Enfin c'est même pas un truc bobo anti-polluant, c'est juste qu’il y a des marques que de toute façon je boycotte.
L'Intemporel
Des choix éthiques en somme.
Sanseverino
Oui des espèces de choix éthiques! C'est ça pour moi, et c’est ce que toi t'appellerais un « art de vivre ». Je ne vais pas chez… (alors je ne cite pas de marque !) mais il y a des supermarchés dans lesquels je ne rentre jamais. Quand je veux acheter à manger et qu'y a que ça, ça devient un art de vivre parce que tu cherches autre chose et tu te mets à faire des choix. (Et au lieu de faire tes courses à 3 Min de l’hôtel, tu fais 1 , de pollution !..) Donc voilà, l'art de vivre, c'est choisir ses endroits. Et c’est un truc qui n’est pas très facile quand on est artiste.
Tiens, dans 15 jours je vais répéter à Venise donc ça vraiment … ça ne sert à rien du tout ! On a un des musiciens qui travaille avec nous, qui est de Venise, alors on s'est dit qu'on allait y répéter ;
parce qu’au printemps, c'est pas mal d'aller à Venise.
Il y a une belle lumière, on va être bien, on s'est même pris carrément un concert pas payé pour finaliser les répétitions. Et ça, c'est ce que je peux faire de mieux en art de vivre, moi qui habite à Montreuil, aller répéter à Venise. Ça frise le n’importe quoi mais c'est de la fantaisie !
Finalement, pour compléter la définition, j'associerai ça vachement à la fantaisie. C'est à dire tiens, si on repeignait notre cuisine en violet foncé ? C'est ignoble, oui, mais c'est une bonne idée.
Il faut que les idées viennent vite, un peu comme ton idée d’une interview dans ce petit resto là ! J'ai l'impression que ça, ce genre de trucs, me correspond.
Par exemple, je ne prévois jamais mes vacances, c'est une horreur.
Prévoir des vacances et louer un truc, là … Je préfère aller en garde à vue quoi !
L'Intemporel
Tu as la notion de liberté qui est très importante, dans tout ce que tu fais.
Sanseverino
Même un peu trop ... décider le 31 juillet de partir en voiture, et puis on verra bien où on va, ca ne marche pas du tout, c'est un désastre, tu finis au formule 1.

L'Intemporel
Ça se ressent, cette notion de choix et de liberté, dans ta création musicale. Tu vas dans des répertoires très différents et tu n’as pas peur d'y aller.
Mais est ce qu'il y a quand même des styles que tu t’interdis ? Est ce que tu te dis : « je ne vais pas aller trop loin ! » ou au contraire : « je ne réfléchis pas trop, j'y vais ».
Sanseverino
Alors il y a quand même une notion de réflexion pendant un temps, mais qui ne dure pas des années. Par exemple, quand j'étais môme, je détestais le disco, et c'est quand même en train de m'intéresser un peu.
Ce sont plutôt les thèmes, je crois que je m'interdis, plutôt les chansons d'amour que les styles musicaux en fait.
On peut faire tout à sa sauce, c’est-à-dire, même si la tech, par exemple, a priori, est censée ne pas m'intéresser, je sais que je pourrais trouver une forme de techno hardcore qui m'irait, ou que je vais bien aimer. Dès qu'il y a une forme de générosité dans une musique, ça m’intéresse.
L'Intemporel :
Pour moi, tu es issu du jazz manouche.
Sanseverino :
Ah oui, absolument.
L'Intemporel
As-tu des moments où tu ressens le besoin de revenir à ce style, comme lorsque l'on souhaite rentrer après un long voyage ?
Sanseverino :
Oui, et c'est ce que nous allons faire à Venise pendant les répétitions. Nous allons remonter toutes mes premières chansons.
L’intemporel :
C’est ce que tu prévois bientôt pour Paris là ?
Sanseverino :
Oui, effectivement. Il y aura une performance à Zingaro le 17 mai. Mais oui j’ai une espèce de retour à ça. Et c’est plutôt parce qu’on ne me le demande pas que je le fais, comme on me l’a demandé depuis 20 ans, en fait je ne le faisais pas, exprès.
Donc c'est peut-être ça aussi cet art de vivre de refuser tout ce qu'on te propose !
L'autorité, ça me fait peur, tu vois,
ça me rappelle des mauvais souvenirs d'école et, ça, c'était pas un art de vivre !

L'Intemporel
D’où puises-tu ton inspiration, ce sont des déclics ? Ton quotidien ? Tes souvenirs ?
Sanseverino
En fait, Sasha, c'est le travail. Je force les idées. Je me mets avec un cahier, qui ressemble au tien là, peut-être pas avec une reliure en cuir parce que j'en utilise beaucoup, du coup ils sont chers… Mais je force et je fais des impros écrites. Et au bout d'un moment je vais finir par trouver des thèmes que j'aime. Qui ne seraient pas forcément des thèmes réfléchis, comme par exemple, faire une chanson sur ce déjeuner sympa entre copains là ! Alors tu vois, j'invente des personnages : la femme de Sasha, elle a un chien, mais à un moment il s'échappe et puis il bouffe une grand-mère... des trucs comme ça ! Je préfère que ça vienne tout doucement, tout ça pour revenir à des trucs plus réels au bout d'un moment, et à des histoires qui sont arrivées.
C'est quand même pas mal le boulot, c'est limite si je ne commence pas à une heure précise à noircir des pages.
L'Intemporel
Ah, tu t'imposes vraiment presque un rythme de bureau ?
Sanseverino
Ouais, ouais, quand j'ai un train trop long, l'autre jour j'étais à Brest,
c'était terriblement long parce que c'est loin, Brest, c'est juste avant New York.
Et ben j'ai dû écrire je sais pas, 30 pages de brouillon, et il me reste peut être, 3 phrases intéressantes.
Le seul Art de Vivre que je m'imposais, c'était de faire gaffe à ne pas écrire trop bien pour pas que la personne à côté de moi lise, mais assez bien pour pouvoir me relire !
L'Intemporel
Pour parler encore d'inspiration, est ce que tu peux nous donner quelques-unes de tes références ? De tes classiques ?
Sanseverino
Le fait d’avoir beaucoup écouté du Django, ça m'a inspiré pas mal, le fait d'avoir vu des musiciens jouer dans des cafés, qui pourraient ressembler à celui-là, il y a longtemps avec 2 guitaristes qui jouent dans un coin, ca aussi j'ai bien aimé, l'espèce de pulse de la rythmique. D'avoir écouté vachement de musique country aussi. Ce que j'aime, c'est une espèce de mélange de tout ça, de musique américaine, de ce qu'on appelle le jazz parisien d'une certaine époque. Tu vois, plutôt les années 40 à 60 quoi.
Ça c'est vraiment un truc que j'ai écouté pas mal et que je trouvais vivant. Je trouvais en plus qu’il y avait un côté économique, c’est-à-dire, tu fais un groupe avec peu de musiciens, quand t'es à 2 guitares avec une contrebasse, même juste 2 grattes, et ben tu peux faire un orchestre qui met le feu dans un endroit comme ici.
C'est aussi pour ça que je continue à aimer les petites salles. C'est que, pour moi, un spectacle c'est pas plus de 1000 personnes, au-delà - bon ça m'est déjà arrivé et c'est pour l'ego quand il y a 8000 personnes – mais c’est pas pareil.

L'Intemporel
On a parlé de tes inspirations classiques, est-ce que sur la nouvelle génération, sur les gens qui sont en ce moment à l'affiche tu en as qui te plaisent ?
Sanseverino
Oui oui, la génération de maintenant, elle me va parce qu’elle est entière. Ce qui ne me va pas c'est une nouvelle génération qui ferait de la musique pour le fric ou juste pour être connu. De toute façon dès que j'entends des sons comme ça, mon oreille se détourne. Du coup, je retiens à peine le nom.
Mais oui, Zaho de Sagazan, et tous ces gens qui démarrent Pommes etcetera il y a des trucs que j’aime mais aussi que je n’aime pas, comme tout le monde.
Ce que j'aime, c’est les jeunes gens - ou pas jeunes gens - qui te proposent un truc sur lequel ils ont bossé.

L'Intemporel
Une question plus personnelle, j’en profite, j’aime énormément Sacha Distel, et je suis tombé sur une vidéo de toi qui joue avec lui la chanson « ma première guitare », Comment il était Distel ?
Sanseverino
Ultra classe, il t'aurait plu. Je me rappelle avoir été répéter chez lui pour cette chanson-là, et il nous a reçus chez lui, directement, alors qu'il ne nous connaissait pas. Et puis bon, c'était un musicien Distel, c'était aussi un mec connu, mais il avait l'esprit d'un musicien quoi. C'est-à-dire l'esprit de partage, de rencontres, de discussions sur le matériel, sur la musique ... Je n’ai pas trouvé chez lui ce que j'avais vu 2 milliards de fois à la télé, dans des trucs plutôt stupides des années 70, mais plutôt un gars qui avait envie de parler de zic et qui était hyper content de rencontrer un jeune qui démarrait.
L'Intemporel
Si je te demande une chanson, n'importe laquelle, que t'aurais aimé écrire, toi ?
Sanseverino
Non, je n’en ai pas, je n’en ai pas parce que si j'ai envie d'un truc comme ça, je le fais. Alors après, il y a plein de chansons que j'aime, les trucs de Moustaki j'adore, une de mes chansons préférées, c'est un truc qui s'appelle Brésil de Moustaki.
La soirée Intemporelle de Sanseverino
La tenue idéale c’est un truc dans lequel je serais bien mais qui serait quand même un peu préparé.
Pour aller dîner dans un truc à andouillettes.
Avec soit une grosse table où on est 20 et carrément il pleut du Beaujolais, soit juste avec Lise, ma chérie
Pour Manger de la tête de veau, ambiance Chirac.
En buvant du Beaujolais
Sur une musique de Django obligatoirement !



