Les fondamentaux d'un vestiaire : vous aurait-on menti ?
- Florent Peschisolido
- il y a 3 jours
- 6 min de lecture
Florent Peschisolido
Illustré par Wiliam Lentz
Ah ! en voilà un titre racoleur ! Mais n'est-ce pas mon rôle après tout de contredire les grandes règles établies ? S'il y a bien une chose à laquelle il faut s'attaquer, c'est aux idées communes.
Entendons-nous bien, beaucoup de choses ont été écrites sur ce sujet : les tops 32 des pièces à avoir dans ses placards, les indispensables pour commencer… Ces articles sont totalement valables, mais il m'a semblé qu'ils avaient tous un défaut important : s'ils s'intéressent aux fondamentaux sartoriaux, ils partent tous du principe que le lecteur travaillerait dans la finance à la Défense. Or depuis quelques années, on observe une disparition progressive de l'uniforme du cadre d'entreprise, pour faire place à un vestiaire moins formel et plus diversifié — plus fun aussi.
Or si je regarde ce qui est souvent conseillé, on se retrouve rapidement avec un kit costume bleu + chemise blanche + richelieu bout droit noir + cravate en grenadine bleue. Des tenues d'une élégance folle mais, à mon avis, beaucoup trop formelles au quotidien. Le but de cet article est simplement de vous proposer ce qui me semble être le plus polyvalent à ajouter dans votre vestiaire, en particulier si vous débutez et souhaitez intégrer des pièces sartoriales sans tout changer du jour au lendemain. Ce que je vous conseille, pour le bien de l'évolution de votre style et de la santé cardiaque de votre banquier.
Les souliers : sus au richelieu noir !
La chaussure, le plus important. C'est souvent la pièce un peu mise de côté — logique, ça fait moins rêver sur Instagram. Théoriquement, il faudrait investir autant dans un costume que dans une paire de chaussures pour être cohérent (théorème des dépenses sartoriales n°1). Alors quelle paire devrait être la première ?
On va souvent conseiller un richelieu noir, sobre, avec un patronage simple (un bout droit rapporté, pas de décoration). C'est à mon avis une mauvaise option. Le richelieu noir, en dehors du costume, n'est pas le plus polyvalent : c'est habillé, formel, un soulier qui va très peu patiner, sans compter que le cuir noir n'a un côté séduisant que lorsque la peausserie est exceptionnelle.
Mon idée ? Conserver l'idée d'un bout droit rapporté (glacé, ce sera superbe) et amener le broguing pour une paire plus polyvalente. Mes deux patronages favoris : le half-brogue et l'adélaïde. Pour la couleur, du marron, chocolat ou cognac — ça va avec tout sauf le costume noir. Comble de l'élégance, le cuir marron va patiner avec le temps et donner à votre paire un charme particulier, magnifique !
Le cuir marron va patiner avec le temps, et donner à votre paire un charme particulier, magnifique !
La chemise, sous-vêtement ou démonstration d'artisanat
Des chemises, il en faudrait plein. Et encore, plein ce n'est pas assez. C'est le vêtement le plus proche de notre peau, longtemps considéré comme un sous-vêtement. Il a acquis ses lettres de noblesse avec la casualisation progressive de nos tenues. Aujourd'hui, contrairement à la veste ou à la cravate, on la porte 365,25 jours par an. Il vaut mieux éviter les erreurs de casting.
J'adore les chemises blanches — c'est l'élégance absolue, la chemise dans toute sa simplicité. Pourtant, comme pour le soulier, je la trouve un peu trop formelle au quotidien. Je lui préférerais volontiers une chemise bleu ciel, que ce soit un twill, un panama, ou pourquoi pas un chevron. L'idée ? Casser ce côté trop parfait, amener de la texture, un peu de couleur.
Et si le bleu uni n'a pas vos faveurs ? Les rayures me fascinent stylistiquement parlant. Plus elles sont fines et serrées, plus la tenue sera habillée ; plus elles seront larges et espacées, plus la tenue sera sport. J'ai commencé avec la rayure bengale (ou bâton), faite de rayures bleues d'environ 5 mm espacées de 5 mm, et depuis je cherche à aller toujours plus loin, plus large.
Les rayures me fascinent stylistiquement parlant. Plus elles sont fines et serrées, plus la tenue sera habillée.
Le costume, bienvenue au règne du bleu !
Ces quinze dernières années ont permis de faire disparaître de la plupart des collections un invité très gênant : le costume noir. Bien que je ne sois pas fondamentalement anti-couleur noire, le costume noir de jour est pour moi une hérésie totale. Il ne faut pas — vraiment pas, j'insiste — acheter de costume noir.
Une fois cette mise au point faite, on ne peut que constater que le roi des collections, c'est le costume bleu marine. Pourtant, Enzo et Roberto Ciardi me dirent un jour de me méfier : le bleu donne un effet plus habillé, plus formel à une tenue, là où un costume gris moyen est une option parfaite pour le quotidien. Mon premier conseil serait de vous diriger vers un costume gris moyen — pas anthracite, un peu trop formel — pourquoi pas avec un léger motif : chevron, pied de poule.
Et pourtant, ce n'est pas mon premier choix. Si votre travail n'impose pas le port du costume, mon conseil sera un dépareillé : le blazer associé à un pantalon gris. C'est la tenue du quotidien, celle que je porte le plus. Le pantalon gris permet de casser le côté sombre du blazer, d'amener une cassure (spezzato en italien) dans la masse unie que serait un costume. Avec cet ensemble, vous ne serez jamais pris de court.
Le pantalon gris permet de casser le côté sombre du blazer, d'amener une cassure — le spezzato — dans la masse unie que serait un costume.
La veste sport
Si je considère le blazer comme la veste par défaut, je peux lui trouver un inconvénient. Le sartorialiste moderne se décontracte : le complet n'est plus la norme au quotidien depuis des lustres, et au milieu de gens en sneakers, on peut vite se sentir trop habillé. Le jean est souvent le pantalon par défaut — or l'association jean/blazer requiert une certaine maîtrise.
C'est pourquoi je verrais bien autre chose comme première veste sport. Je m'éloignerais des bases classiques (bleu, gris) pour leur préférer les différentes teintes de brun. Avec idéalement un motif — chevron pour les plus discrets, prince de Galles pour les plus courageux — afin de donner un peu de vie au tout. Mon idéal : un marron chocolat avec des carreaux bleus, ou une veste à chevrons fins alternant un brun assez clair et un beige. Magnifique !
Mon idéal : un marron chocolat avec des carreaux bleus, ou une veste à chevrons fins alternant un brun clair et un beige. Magnifique !
La cravate, tout aussi indispensable que désuète
Vous l'aurez peut-être remarqué, je suis un très grand passionné de cravate. Quelle pourrait être la cravate la plus polyvalente d'un vestiaire ? J'ai d'abord pensé à une grenadine unie — bleu marine, bordeaux, vert bouteille : des options valables, mais peut-être un peu simples. Pourquoi pas une cravate marine tricot ? Beaucoup de texture, beaucoup de sobriété.
Pourtant elle n'aura pas ma préférence, toujours un peu trop habillée. Il faudrait y ajouter quelque chose. Ma solution ? Une cravate bleu unie à pois blancs ! C'est évident. Les pois blancs amènent un motif géométrique pas si fréquent, mais pas trop ostentatoire. On en trouve en tricot de soie, en twill de soie, en grenadine et même en satin de soie. C'est la solution la plus polyvalente tout en apportant un supplément de personnalité à la tenue.
Les fondations d'un style qui se développera
J'ai abordé ici les pièces principales d'une tenue. Si je devais terminer la tenue, il faudrait rajouter une paire de chaussettes en fil d'Écosse rouges (Gamarelli bien sûr), des bretelles classiques d'Albert Thurston (2 bandes bleu marine encadrant une bande bordeaux assez discret), une paire de boutons de manchette simples en argent ou nacre, et une montre vintage en acier relativement discrète.
Voilà ma vision des pièces indispensables dans un vestiaire — celles qu'il faudrait acheter avant de penser à quoi que ce soit d'autre, celles qu'on peut avoir en de nombreuses itérations sans qu'il ne semble jamais y en avoir assez. Mais il ne faut pas s'arrêter là, sous peine de vite sembler très ennuyeux. Ces pièces sont importantes car, avec du caractère tout en étant très facilement utilisables dans d'autres tenues, elles ne s'exprimeront que mieux si elles servent à compenser une pièce très forte. Il faut donc penser à diversifier son vestiaire, afin de ne pas avoir l'impression de porter un uniforme.


