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Piano Pleyel Voie Lactée

  • Nicolas Boursault
  • il y a 22 heures
  • 4 min de lecture

Nicolas Boursault

Illustré par Damien Nicolas Roux DNR, Pleyel et Xavier Béjot – Tripod Agency

Un peu plus près des étoiles avec le piano « Voie lactée »

Piano Pleyel Voie Lactée | L'Intemporel – Design Andrée Putman, série limitée 8 exemplaires – Crédit Marc Abel

En 2008, le monde vacille entre crise financière et euphorie digitale grâce à l'iPhone et à Facebook. Tandis que l'économie s'effondre avec Lehman Brothers, l'esthétique se fait plus radicale, plus essentielle, presque futuriste. C'est dans ce climat tendu que le piano Voie lactée, imaginé par Andrée Putman, apparaît comme un manifeste pour cette entrée dans le XXIe siècle : une constellation de noir et de lumière, suspendue entre tradition et modernité.

Dessine-moi le piano du XXIe siècle…

L'instrument incarne l'esprit du design contemporain des années 2000, fruit de la collaboration entre Andrée Putman, icône de la création française, et la maison Pleyel, fondée en 1807. Présenté pour la première fois lors des Designer's Days 2008, ce piano à queue de 2,17 mètres marie un style contemporain pointu à une facture de piano classique. Putman, connue pour son style minimaliste et son amour des matériaux nobles, a conçu cet instrument comme une « boîte à musique grandeur nature ».

Son design se distingue par une table d'harmonie et un cadre en laque noire brillante, des feutres de cordes bleu nuit et une lyre fuselée en acier nickelé. L'intérieur du couvercle est orné d'une constellation d'étoiles et de points cardinaux incrustés de nacre, tandis que le bâton de couvercle et le pupitre sont habillés d'un damier en Corian noir et blanc, signature de Putman. Une banquette assortie, capitonnée de flanelle grise et dotée de manettes de réglage en boules de cristal, complète cet ensemble d'exception.

Produit en série limitée à huit exemplaires numérotés et signés par la designer. Cette exclusivité en fait un objet de désir pour les collectionneurs.

Putman a conçu cet instrument comme une « boîte à musique grandeur nature » : une constellation de noir et de lumière, suspendue entre tradition et modernité.

Pleyel, la révolution romantique

Fondée en 1807 à Paris, la manufacture Pleyel s'impose au XIXe siècle comme l'un des grands noms du piano européen. Elle se distingue par une approche technique novatrice : perfectionnement du mécanisme d'échappement, grande précision de la mécanique, amélioration de la table d'harmonie et recherche d'un équilibre subtil dans la tension des cordes. Ces avancées offrent un toucher plus léger, plus rapide et plus nuancé, ainsi qu'une palette dynamique d'une grande finesse, idéale pour les subtilités du répertoire romantique.

Cette technicité séduit les plus grands : Frédéric Chopin y compose ses nocturnes, tout en délicatesse et en poésie, mais aussi Camille Saint-Saëns, Claude Debussy et Maurice Ravel. Pleyel incarne ainsi une tradition pianistique française fondée sur la précision mécanique, la clarté du timbre et l'élégance expressive.

Andrée Putman, une vie pour le Style

Dans le Paris et le New York incandescents des années 1970, entre nuits électriques, élégance et cocaïne chic sous les stroboscopes, Andrée Putman évolue au cœur d'un cercle ultra-créatif où se croisent mode, art et mondanités. Sans être une reine tapageuse du dancefloor comme celles du Palace ou du Studio 54, elle en incarne l'esprit d'avant-garde, de très grande liberté et de sophistication lettrée.

Elle devient la grande prêtresse discrète du « connecting » parisien, réunissant autour d'elle des talents émergents comme Thierry Mugler, Issey Miyake ou encore Karl Lagerfeld, avec qui elle travaillera longtemps. Elle navigue dans les mêmes sphères qu'Yves Saint Laurent et Andy Warhol et fréquente une élite cosmopolite et hédoniste, qui reconnaît son œil juste. Au final, Andrée cherche surtout à s'amuser et à « alléger la vie ».

Avec son agence Écart International, fondée en 1978, elle marque l'histoire du design en rééditant des meubles et des objets oubliés des années 1930, notamment ceux de Jean-Michel Frank, Robert Mallet-Stevens, Eileen Gray et Pierre Chareau, une époque Art déco qu'elle adorait.

Son style, souvent caractérisé par des lignes épurées et un jeu de contrastes entre noir, blanc et beige, ce qu'elle appelait des « non-couleurs », fait d'elle une prêtresse du design contemporain.

Parmi ses réalisations phares, on compte la rénovation de l'hôtel Morgans à New York en 1984, où elle introduit son célèbre carrelage à damier noir et blanc dans les salles de bains. Elle ose utiliser des matériaux simples dans un hôtel cinq étoiles, y fait également accrocher des photos de Robert Mapplethorpe, contre l'avis des propriétaires — inventant ainsi le premier boutique-hôtel. Elle collabore avec Christofle pour la collection Vertigo en 2002, puis Louis Vuitton, Veuve Clicquot ou encore Mont Blanc. Elle modernise en 1993 la cabine du Concorde, installe les célèbres escalators à damier au Bon Marché. Consécration ultime, en 1984, elle réinvente le bureau de Jack Lang au ministère de la Culture, rue de Valois.

Grande, silhouette androgyne, allure noir et blanc iconique, Putman impose un chic cérébral et magnétique — une ambassadrice du goût français, s'attachant à libérer la bourgeoisie de ses références nostalgiques.

Disparue en 2013, son agence a été reprise par Pierre Yovanovitch en 2024.

Tableau récapitulatif – Piano « Voie Lactée »

Date de création : 2008

Matériaux : laque noire brillante, nacre, Corian, acier nickelé, flanelle

Dimensions : 2,17 mètres de long

Caractéristiques : table d'harmonie en laque noire, feutres de cordes bleu nuit, lyre en acier nickelé, banquette capitonnée de flanelle grise avec manettes en boules de cristal

Édition limitée : 8 exemplaires numérotés et signés par Andrée Putman

Prix : environ 200 000 euros

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